le 7 février 1994
Les banlieues solidaires dans les rues de Rouen
BLACKS, Blancs, Beurs : ils étaient deux mille, samedi, à manifester dans le centre de Rouen (Seine-Maritime), à la mémoire d'Ibrahim Sy, jeune d'origine sénégalaise de dix-huit ans tué par un gendarme alors qu'il se trouvait dans une voiture volée. La manifestation a eu lieu à la demande de ses camarades du quartier des Sapins où un flot de violences avait heurté une centaine de jeunes aux forces de l'ordre pendant trois nuits consécutives. Les jeunes ont voulu clamer leur indignation sur la mort de leur frère de quartier, tout en disant stop à la ségrégation sociale et à la persécution policière. Plusieurs banlieues de l'agglomération rouennaise ainsi que parisienne avaient répondu présent. Sur les banderoles : « Justice pour Ibrahim, même justice pour tous », « Une vie ne vaut pas une voiture », « Lui aussi est mort sous les balles des forces publiques ». La tension était grande même si cette fois leur force était le nombre, et la volonté de manifester dans le calme et la dignité.
Claude, dix-huit ans, du quartier des Sapins, exprime sa détermination : « Je suis là pour Ibrahim et j'étais à la manifestation du Val-de-Reuil (Eure) ainsi que lors des incidents du Sapin. Il faut qu'aujourd'hui tout le monde sache pourquoi on s'est révolté et que l'on n'est pas des cibles mouvantes pour les autorités à chaque fois que l'on fait une connerie. » Fatima, trente ans, de Dieppe (Seine-Maritime), se réjouit de cette solidarité : « C'est bien, ça prouve que l'on peut réunir une force et faire bouger les choses, j'espère. » Denia, seize ans, la soeur d'Ibrahim Sy, ne formulera qu'un souhait : « Que justice soit faite pour mon frère. » Une délégation a été reçue samedi par le maire, puis par le préfet. Elle a demandé à ses interlocuteurs qu'une enquête soit effectuée rapidement sur la mort d'Ibrahim et que le gendarme soit suspendu de ses fonctions.
particulière de.
FEDOUACH B. MEHDI.
Correspondance.