ROUEN : Les Sapins dans les années 90

ROUEN : Les Sapins dans les années 90
La cité des Sapins à Rouen été assez "hyper actif" dans les années 90. voici quelque article relatant des faits divers dans un des quartiers les plus défavorisé de Seine Maritime.

Article paru
le 5 octobre 1992

ROUEN : POMPIERS MALMENES

Trois sapeurs-pompiers ont été légèrement blessés aux oreilles et aux épaules par des pierres lancées par des adolescents alors qu'ils intervenaient dans un quartier périphérique de Rouen, vendredi. Selon la police, les pompiers auraient été pris à partie par une centaine de jeunes alors qu'ils s'étaient rendus à bord d'un engin forestier dans une cité HLM du quartier des Sapins pour répondre à un appel leur signalant un véhicule en feu dans un terrain vague. Les trois hommes ont dû abandonner leur véhicule couché sur le côté dans un terrain très accidenté alors que des policiers intervenaient pour disperser les adolescents.
# Posté le vendredi 15 février 2008 09:16
Modifié le vendredi 15 février 2008 09:59

ROUEN : Les Sapins dans les années 90

ROUEN : Les Sapins dans les années 90
Article paru
le 7 juin 1993

Rodéo tragique à Rouen

Un automobiliste a été tué dans une collision avec une voiture volée, circulant tous feux éteints, dans la nuit de samedi à dimanche, et qui avait été poursuivie par les policiers dans le quartier des Sapins à Rouen. Gérard Delande, quarante-trois ans, a été tué sur le coup alors qu'il garait son véhicule près de son domicile, peu après deux heures du matin. Sa voiture a été heurtée de plein fouet par une R-25 volée, dont les occupants se sont enfui. Selon des témoins, il s'agissait de jeunes pratiquant le « rodéo » du samedi soir dans ce quartier difficile, consistant à voler un véhicule dans le centre de Rouen, narguer les policiers pour se faire poursuivre et leur échapper, pour finir par incendier la voiture.
# Posté le vendredi 15 février 2008 09:19
Modifié le vendredi 15 février 2008 10:01

ROUEN : Les Sapins dans les années 90

ROUEN : Les Sapins dans les années 90
Article paru
le 31 janvier 1994

Manifestation après la mort d'Ibrahim Sy

« Une voiture ne vaut pas une vie », disaient les centaines de jeunes qui protestaient samedi contre la mort de leur ami, tué par un gendarme.
ENVIRON 400 jeunes ont manifesté samedi après-midi sans incident à Val-de-Reuil (Eure) après le tir mortel d'un gendarme contre un jeune accusé de vols de voitures dans la nuit de mercredi à jeudi sur le parking d'un hôtel de cette ville.

A l'appel des associations du quartier des Sapins, à Rouen, d'où était originaire le jeune homme, environ 300 habitants se sont rendus en autocars à Val-de-Reuil, où une délégation a été reçue par le maire Bernard Amsalem. Rejoints par une centaine de jeunes de Val-de-Reuil et portant des banderoles « Une voiture ne vaut pas une vie », « Ibrahim, mort sous les balles de la force publique », les manifestants se sont rendus ensuite à la gendarmerie où une délégation a été reçue en dépit de quelques cris hostiles. Le père du jeune homme tué a notamment demandé que « justice soit faite ».

Selon la version de la gendarmerie, Ibrahim Sy, dix-huit ans, d'origine sénégalaise, a été tué après sommations alors que le véhicule volé où il se trouvait avec deux camarades fonçait sur un gendarme qui s'était posté à la sortie du parking.

L'association Espace intégration, qui encourage le dialogue entre jeunes et forces de l'ordre à Val-de-Reuil, avait exprimé, avant la manifestation, dans un communiqué, son refus d'éventuels débordements. Faisant appel à « la vigilance et à la dignité », elle avait demandé de « faire confiance à la justice ».

De retour à Rouen, une partie des jeunes manifestants se sont heurtés à des policiers selon un scénario classique : jets de pierres d'un côté et grenades lacrymogènes de l'autre. Trois policiers ont été légèrement blessés dans la soirée. En prévision d'un possible week-end chaud, un dispositif policier important avait été installé dans ce quartier considéré comme sensible.
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# Posté le vendredi 15 février 2008 09:21
Modifié le vendredi 15 février 2008 10:03

ROUEN : Les Sapins dans les années 90

ROUEN : Les Sapins dans les années 90
Article paru
le 2 février 1994

Encore des affrontements au quartier des Sapins

De notre correspondant.

DEPUIS le 29 janvier, chaque nuit, le quartier des Sapins, dans les hauts de Rouen, constitue un champ d'affrontements entre une centaine de jeunes et un dispositif important de CRS. Ces incidents surviennent après qu'Ibrahim Sy, un jeune de dix-huit ans d'origine sénégalaise, a été tué par un gendarme, alors qu'il se trouvait avec deux camarades dans une voiture volée. Beaucoup de questions se posent. Il s'est avéré que la mort d'Ibrahim Sy a été la goutte qui a fait déborder le vase : le vase du chômage, de la misère culturelle, de la délinquance et, affirment les jeunes, de la persécution policière. Ces affrontements ne seraient, expliquent-ils, que le seul moyen de faire entendre leur désespoir auprès des pouvoirs publics et des collectivités locales.

Djamel, vingt-quatre ans, au chômage malgré son BEP comptable, exprime sa détresse : « J'en ai mare de me présenter à une entreprise et de voir le visage de gens se déformer lorsque je leur dit que j'habite au quartier des Sapins. On vit dans un ghetto de la misère, mais ce n'est pas une raison pour nous repousser. Je me dis marginal, mais je le suis devenu involontairement car c'est la société qui m'a marginalisé. »

Zoubida, seize ans, amie d'Ibrahim Sy, explique : « On veut cette fois la vérité sur la mort de notre frère et que les policiers arrêtent de provoquer les jeunes, ce qui ne fait qu'alimenter la haine... »

Valérie, vingt-deux ans, au chômage avec un baccalauréat G, ne cache pas qu'elle participe depuis le début aux affrontements : « Tout le monde est responsable de ce qui arrive, nous vivons dans la zone. On a trompé nos parents en leur disant que ce n'étaient que des logements de transit. Aujourd'hui c'est un ghetto. Alors aujourd'hui on refuse cette misère, ces stages que l'on nous propose alors que finalement on est toujours chômeur. Maintenant, tout explose. Et les CRS ne nous font pas peur. Nous sommes l'inconnu pour eux, mais nous sommes soudés par la détermination de ceux qui ne veulent plus crever. »

Saïd Daibeche, quarante-sept ans, au chômage, père de sept enfants et ne vivant qu'avec 2.200 francs par mois, connaît bien le sort de ces jeunes. Malgré sa volonté de changer les choses, avec la mise en place de son association CHAR (comité des habitants des hauts de Rouen), il s'est toujours vu décourager par la municipalité de Rouen. En 1993, il propose au maire un projet de prévention contre la délinquance avec la mise en place d'un effectif de neuf personnes du quartier pour aider les personnes âgées dans leurs démarches et pour rencontrer les jeunes chaque soir. Mais ce projet restera aux oubliettes, comme celui de l'ouverture d'un bar sans alcool, ouvert de 19 heures à minuit, et l'ouverture d'un club de karaté : la mairie trouvera ce projet trop technique et trop ambitieux.

Christiane, quarante-deux ans, comprend le malaise actuel de son quartier, mais, comme beaucoup, elle dénonce la spirale de la violence, qui ne règle rien : « Je travaille au centre-ville et chaque soir je dois rentrer vers 19 heures. C'est à cette heure que les incidents commencent et je dois dormir ailleurs que chez moi. » Comment ceux qui cherchent à survivre dans le quartier malgré le chômage, la précarité, l'insécurité pourraient-ils se reconnaître dans cette situation confuse ? Comment pourront-ils faire entendre leurs besoins ? Le préfet Jean-Paul Proust a annoncé hier la mise en place d'un dispositif policier renforcé, qualifié de « préventif », et qui, cette fois, est censé protéger les biens et les personnes en empêchant les manifestants de mettre à feu des voitures.

FEDOUACH B. MEHDI
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# Posté le vendredi 15 février 2008 09:23
Modifié le vendredi 15 février 2008 10:05

ROUEN : Les Sapins dans les années 90

ROUEN : Les Sapins dans les années 90
Article paru
le 5 février 1994

Les jeunes de Rouen manifestent

De notre correspondant.

DEPUIS mardi, le calme est revenu au quartier des Sapins, dans les hauts de Rouen, après les émeutes qui ont eu lieu de samedi à lundi soir, suite à la mort d'Ibrahim Sy, un jeune Sénégalais de dix-huit ans, tué par un gendarme alors qu'il se trouvait dans une voiture volée, avec deux complices. Certaines personnes, plus ou moins reconnues, s'attribuent la paternité du retour au calme. En réalité, la tension est surtout tombée depuis la publication, mardi, dans le quotidien régional « Paris-Normandie », de la version d'Ali Brahim, vingt ans, et de Bader Moussaïd, dix-huit ans, les deux copains d'Ibrahim Sy, qui se trouvaient avec lui dans le véhicule volé lorsqu'il a été tué. Leur témoignage a été confié aux journalistes avant qu'ils ne se constituent prisonniers, lundi après-midi.

Alors que, mardi après-midi, les commerçants des Sapins avaient fermé boutique, depuis, la vie a repris son cours dans le quartier. Mais les stigmates des nuits d'émeutes sont toujours présents et, dans chaque coin de rue, les gens, par petits groupes, discutent, tergiversent, essaient d'analyser l'injustice sociale qui a bouleversé la vie de leur quartier.

Chez les jeunes, la priorité était, hier, la préparation de la manifestation d'aujourd'hui qui rassemblera plusieurs centaines de personnes des Sapins, mais aussi d'autres banlieues de Rouen et même peut-être de certains quartiers de la banlieue parisienne.

Aujourd'hui, le corps d'Ibrahim Sy devait être amené vers 11 heures, au lieu de culte musulman du quartier de la Grand-Mare des hauts de Rouen, où une cérémonie sera célébrée par l'imam du quartier, en présence des familles et amis de la victime. Ensuite, vers 14 h 30, une manifestation devrait se dérouler devant l'hôtel de ville de Rouen avant le défilé dans le centre-ville, devant le palais de justice et jusqu'à la préfecture.

Les autorités sont optimistes sur le bon déroulement de la manifestation, après une rencontre, jeudi, avec les jeunes du quartier des Sapins. Toutefois, elles resteront vigilantes sur les débordements qui peuvent survenir de l'extérieur. Les manifestants sont déterminés à se faire entendre, mais cette fois dans le calme et la dignité, pour respecter la mémoire d'Ibrahim. Ce que beaucoup espèrent, c'est que les mesures d'urgence annoncées après les troubles soient vraiment suivies d'effet.

MEDHI FEDOUACH
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# Posté le vendredi 15 février 2008 09:25
Modifié le vendredi 15 février 2008 10:06